Mejhoul : l’incroyable histoire de la “reine des dattes” née au Maroc et conquise par le monde
Douce, charnue et prestigieuse, la datte Mejhoul est aujourd’hui considérée comme la reine des dattes dans le monde.
Très prisée pour sa qualité exceptionnelle et son goût incomparable, elle occupe une place privilégiée dans la gastronomie marocaine et dans les marchés internationaux.
Mais derrière ce fruit d’exception se cache une histoire fascinante, faite de voyages, de crises agricoles et d’expansion mondiale.
Et si le Maroc en est le berceau historique, il n’est aujourd’hui ni le premier producteur ni le premier exportateur de cette variété mythique.
Retour sur l’épopée étonnante d’un fruit né dans le désert marocain et devenu un produit de luxe à l’échelle mondiale.
Une datte d’exception née dans le Tafilalet
L’origine de la datte Mejhoul remonte à la région historique du Tafilalet, notamment dans la province d’Errachidia.
Dans cette oasis du sud-est marocain, la variété Mejhoul s’est imposée depuis des siècles comme l’une des dattes les plus prestigieuses.
Dès le XVIIᵉ siècle, l’écrivain marocain Al-Arabi Mizin mentionne déjà cette datte dans un récit de voyage décrivant la région d’Aoufous.
Il note notamment que la récolte du Mejhoul intervenait plus tôt que celle des autres dattes, preuve de sa présence ancienne et de son importance agricole.
Une datte de luxe exportée vers l’Europe
Pendant longtemps, la datte Mejhoul a été considérée comme un produit de luxe rare.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ces dattes étaient autrefois conditionnées dans des coffrets-cadeaux et vendues pour Noël dans de grandes villes européennes comme Paris, Madrid ou Londres.
Ce fruit est particulièrement apprécié pour ses caractéristiques uniques :
▪︎ ✨ Très gros fruits pesant entre 20 et 40 grammes
▪︎ ✨ Couleur ambre à brun foncé à maturité
▪︎ ✨ Chair épaisse, ferme et translucide
▪︎ ✨ Texture douce et presque sans fibres
▪︎ ✨ Noyau caractéristique en forme d’aile
Au Maroc, la tradition veut que ces dattes soient dénoyautées et farcies de noix, notamment lors des grandes occasions et fêtes familiales.
Le tournant historique : la maladie de Bayoud
L’histoire du Mejhoul bascule au début du XXᵉ siècle avec l’apparition d’une maladie dévastatrice : le Maladie de Bayoud.
Dans les années 1920, ce champignon appelé Fusarium oxysporum f. sp. albedinis ravage les palmeraies marocaines, en particulier celles du Tafilalet.
Face à cette catastrophe agricole, les autorités coloniales françaises lancent des recherches scientifiques pour comprendre et combattre l’épidémie.
Une commission d’experts est alors constituée, incluant le botaniste américain Walter Swingle.
✈️ Comment la datte Mejhoul a quitté le Maroc
Lors de sa mission au Maroc, Walter Swingle est fasciné par la qualité exceptionnelle du fruit.
Il décide alors d’emporter 11 rejets de palmiers Mejhoul vers les États-Unis pour les préserver.
À leur arrivée à Washington, D.C., les plants sont :
▪︎ fumigés
▪︎ placés en quarantaine
▪︎ puis transférés dans le désert du Nevada
Cette quarantaine durera de 1927 à 1936.
L’expansion en Californie et en Arizona
Après la quarantaine, neuf rejets survivants sont transférés vers une station de recherche du United States Department of Agriculture à Indio.
En 1944, l’USDA commence à distribuer les plants aux producteurs des régions désertiques de Californie et d’Arizona.
Une entreprise agricole, la Bard Company, acquiert à elle seule 24 rejets.
Aujourd’hui :
▪︎ 99 % des palmiers dattiers de Yuma (Arizona)
▪︎ et de la Bard Valley (Californie)
sont de la variété Mejhoul.
Une expansion mondiale spectaculaire
À partir de là, la datte Mejhoul se répand progressivement dans le monde.
Elle est introduite notamment dans :
▪︎ au Mexique en 1968
▪︎ en Israël dans les années 1950 puis 1970
▪︎ en Afrique du Sud dans les années 1990
▪︎ en Jordanie en 1995
▪︎ en Palestine en 2006
La culture s’étend également :
▪︎ en Namibie
▪︎ en Australie
▪︎ au Pérou
▪︎ au Chili
▪︎ au Soudan
Qui domine aujourd’hui la production mondiale ?
Malgré ses origines marocaines, la production mondiale est aujourd’hui dominée par d’autres pays.
Selon les chercheurs Abdelouahhab Zaid et Abdallah Oihabi, la production mondiale en 2020 se répartissait ainsi :
▪︎ Israël : 45 000 tonnes (41,48 %)
▪︎ États-Unis : 16 000 tonnes (14,75 %)
▪︎ Mexique : 15 000 tonnes (13,73 %)
Puis viennent :
▪︎ Palestine : 12 000 tonnes
▪︎ Jordanie : 10 000 tonnes
▪︎ Maroc : 3 500 tonnes (3,23 %)
D’autres pays contribuent également à la production mondiale, notamment l’Égypte, la Namibie ou l’Afrique du Sud.
Un marché mondial en pleine croissance
Le marché international du Mejhoul est aujourd’hui très dynamique.
▪︎ 67 000 tonnes exportées chaque année
▪︎ 469 millions de dollars de valeur
▪︎ Croissance annuelle estimée entre 5 % et 10 %
Près de 25 % des exportations mondiales sont destinées au marché européen.
Le Maroc prépare son retour
Si la production marocaine reste encore limitée — principalement à cause des dégâts historiques causés par la maladie de Bayoud — le pays ambitionne aujourd’hui un retour en force sur ce marché.
Le plan de développement prévoit :
▪︎ 67 % des nouveaux palmiers plantés seront des Mejhoul
▪︎ Objectif de production : 70 000 tonnes d’ici 2028
Un objectif ambitieux qui pourrait permettre au Maroc de retrouver une place majeure dans la production mondiale de la datte dont il est le berceau historique.