LE DÉTROIT DE GIBRALTAR ? UNE PROPOSITION MAROCAINE QUI FAIT DÉBAT
Une idée aussi ambitieuse qu'inhabituelle pourrait relancer le débat sur le financement des grandes infrastructures entre l’Afrique et l’Europe.
ET SI LES NAVIRES PAYAIENT POUR TRAVERSER ?
L’expert marocain Hamid Bouchikhi, membre du Conseil supérieur de l’éducation et ancien participant à la Commission sur le modèle de développement, propose d’instaurer une taxe environnementale sur les navires traversant le détroit de Gibraltar.
Un projet qu’il reconnaît lui-même comme pouvant paraître « farfelu », mais qui repose sur une logique simple : faire contribuer les pollueurs aux coûts environnementaux qu’ils génèrent tout en finançant des projets d’avenir.
LE DÉTROIT DE GIBRALTAR, UNE ARTÈRE MARITIME MONDIALE
Chaque année, près de 100 000 navires empruntent le détroit de Gibraltar, l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète.
Selon les données relayées par la presse espagnole, ce volume de trafic serait environ trois fois supérieur à celui du détroit d’Ormuz, considéré comme l’une des routes énergétiques les plus importantes au monde.
Pour Hamid Bouchikhi, cette situation justifie l’ouverture d’une réflexion sur une contribution financière liée aux impacts environnementaux générés par ce trafic intense.
♻️ LE PRINCIPE DU « POLLUEUR-PAYEUR » AU CŒUR DU PROJET
L’idée ne consiste pas à faire payer le simple droit de passage, ce qui pourrait entrer en contradiction avec les règles internationales sur la liberté de navigation.
La proposition repose plutôt sur une logique environnementale : facturer les émissions polluantes produites par les navires lors de leur traversée.
Les montants seraient calculés selon plusieurs critères, notamment les émissions de CO₂, les particules fines rejetées dans l’atmosphère et l’impact sonore sur l’écosystème marin.
Ainsi, un pétrolier utilisant du fioul lourd supporterait un coût plus élevé qu’un navire fonctionnant avec des carburants moins polluants.
UN ENJEU ÉCOLOGIQUE MAJEUR POUR LES DEUX RIVES
Le détroit de Gibraltar est une zone particulièrement sensible sur le plan environnemental.
Outre les émissions atmosphériques, le trafic maritime génère une pollution sonore importante susceptible de perturber la faune marine, notamment les cétacés qui fréquentent régulièrement cette région.
Selon les défenseurs du projet, le Maroc et l’Espagne supportent aujourd’hui ces conséquences environnementales sans bénéficier de mécanismes de compensation adaptés.
FINANCER LE FUTUR TUNNEL AFRIQUE-EUROPE
L’objectif le plus ambitieux de cette proposition est de créer une nouvelle source de financement pour le projet de tunnel sous-marin reliant le Maroc à l’Espagne.
Ce projet stratégique, étudié depuis plusieurs décennies, permettrait à terme d’établir une liaison physique permanente entre l’Afrique et l’Europe.
Selon ses partisans, une telle infrastructure pourrait transformer les échanges commerciaux, faciliter la mobilité et offrir une alternative durable aux traversées maritimes traditionnelles.
Vision d’avenir ou projet difficile à mettre en œuvre ?
La proposition soulève déjà de nombreuses questions juridiques, économiques et diplomatiques.
Mais elle remet également sur la table un débat de plus en plus présent à l’échelle mondiale : comment concilier développement économique, protection de l’environnement et financement des infrastructures du futur ?