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Animaux errants : jusqu’à 2 000 dirhams d’amende pour les nourrir dans la rue ? La polémique enflamme le Maroc
By DIDIER Boucard
Published on 28/08/2026 09:57
News

Animaux errants : jusqu’à 2 000 dirhams d’amende pour les nourrir dans la rue ? La polémique enflamme le Maroc

 

Une nouvelle disposition de la loi 19.25 sur la protection et la prise en charge des animaux errants provoque un vif débat au Maroc.

 

En cause : les sanctions pouvant viser les personnes qui hébergent, nourrissent ou soignent des animaux errants dans l’espace public.

 

Pour les nombreux citoyens et bénévoles qui prennent quotidiennement en charge les chiens et chats des rues, cette disposition soulève une question simple mais sensible : comment aider un animal affamé ou malade sans risquer une sanction ?

 

CE QUE PRÉVOIT EXACTEMENT LA NOUVELLE LOI

 

La loi 19.25 a été publiée au Bulletin officiel n°7533 le 10 août 2026, après sa promulgation par le dahir n°1.26.55 du 28 juillet 2026.

 

Son article 5 dispose que nul ne peut prendre en charge un animal errant, notamment en l’hébergeant, en le nourrissant ou en le soignant, autrement que dans les conditions prévues par la loi et ses textes d’application.

 

L’article 44 prévoit une amende comprise entre 500 et 2 000 dirhams pour toute personne qui, en violation de ces dispositions, héberge, nourrit ou soigne un animal errant dans l’espace public, notamment sur la voie publique, dans les immeubles d’habitation collectifs ou dans les lieux ouverts au public.

 

C’est précisément cette disposition qui inquiète les défenseurs de la cause animale.

 

⚠️ LE RISQUE : DÉCOURAGER CEUX QUI AIDENT LES ANIMAUX

 

Sur le terrain, de nombreux bénévoles nourrissent, soignent et prennent en charge des animaux abandonnés sans bénéficier d’un véritable dispositif public capable de répondre à tous les besoins.

 

La crainte exprimée est donc que la menace d’une amende pousse certains d’entre eux à cesser leurs actions, alors même qu’ils contribuent actuellement à limiter la souffrance animale et parfois à prévenir la propagation de maladies.

 

Le débat ne porte pas pour autant sur la nécessité d’encadrer la gestion des animaux errants. La loi comporte également des mesures destinées à lutter contre la maltraitance, la t0rture et les actes de cruauté.

 

DES SANCTIONS BEAUCOUP PLUS LOURDES CONTRE LA MALTRAITANCE

 

La nouvelle législation prévoit notamment une peine de deux à six mois d’emprisonnement et une amende de 5 000 à 20 000 dirhams, ou l’une de ces deux peines, pour toute personne qui tue volontairement, t0rture ou porte atteinte de quelque manière que ce soit à un animal errant.

 

Une exception est prévue lorsque l’euthanasie est pratiquée dans les conditions fixées par la loi et sous la supervision d’un vétérinaire.

 

Sur ce volet, les associations de protection animale voient une avancée importante : sanctionner ceux qui maltraitent les animaux est largement considéré comme nécessaire.

 

Le débat porte davantage sur la manière d’encadrer le nourrissage et les soins apportés par les citoyens.

 

POURQUOI NE PAS CRÉER DES POINTS DE NOURRISSAGE ?

 

Une piste avancée consiste à mettre en place, dans les quartiers, des points de nourrissage officiellement désignés, où citoyens et bénévoles pourraient déposer de la nourriture dans des conditions respectant les règles d’hygiène et de salubrité.

 

Cette solution permettrait d’éviter les rassemblements anarchiques tout en empêchant que les animaux soient privés de nourriture.

 

Les associations et ONG spécialisées pourraient également être intégrées au dispositif à travers des conventions avec les collectivités territoriales.

 

L’article 16 de la loi prévoit justement la possibilité pour les communes de solliciter l’appui des associations de la société civile par voie de conventions.

 

LES ASSOCIATIONS DEMANDENT À ÊTRE ASSOCIÉES

 

Le Réseau marocain des associations de protection animale et de développement durable (RAPAD Maroc) avait déjà formulé des propositions d’amendement avant l’adoption du texte.

 

Parmi ses demandes figurait notamment la suppression de la disposition sanctionnant les personnes qui nourrissent les animaux errants, tout en maintenant des sanctions sévères contre ceux qui les tuent, t0rturent ou maltraitent.

 

L’objectif défendu par les associations n’est donc pas de s’opposer au principe d’une réglementation, mais de parvenir à un dispositif qui permette aux autorités et aux bénévoles de travailler ensemble.

 

DÉCLARATION, VACCINATION ET IDENTIFICATION : DE NOUVELLES OBLIGATIONS

 

La loi introduit également plusieurs obligations concernant les animaux détenus par des particuliers.

 

Les propriétaires doivent notamment déclarer leurs animaux via une plateforme électronique, obtenir un carnet sanitaire et veiller à ce que chaque animal dispose d’un numéro d’identification permanent.

 

Le non-respect de l’obligation de déclaration ou l’absence de carnet sanitaire peut entraîner une amende de 1 000 à 5 000 dirhams.

 

La loi prévoit également une sanction beaucoup plus élevée, de 10 000 à 20 000 dirhams, pour toute personne qui provoque volontairement l’errance d’un animal ou l’abandonne dans l’espace public sans contrôle ni surveillance.

 

UNE AUTRE INQUIÉTUDE : LE COÛT POUR LES PLUS MODESTES

 

Pour les associations, l’application de ces nouvelles obligations devra également tenir compte de la situation des personnes disposant de faibles revenus.

 

Certaines prennent en charge plusieurs animaux mais n’ont pas toujours les moyens de financer vaccinations, identification, soins vétérinaires ou démarches administratives.

 

D’où la demande d’un accompagnement public : plutôt que de sanctionner systématiquement ces personnes, les autorités pourraient faciliter leur accès à la vaccination, à l’identification et aux soins.

 

CAPTURER, STÉRILISER, VACCINER ET RELÂCHER

 

Les associations défendent par ailleurs une approche fondée sur le principe « capturer, stériliser, vacciner et relâcher ».

 

Le principe consiste à capturer les animaux de manière humaine, les stériliser, les vacciner, les identifier puis, lorsque les conditions le permettent, les remettre dans leur environnement.

 

Cette méthode vise à maîtriser progressivement les populations animales, tout en réduisant les risques sanitaires et en améliorant la prise en charge des animaux.

 

Elle est également présentée comme un moyen de contribuer à la lutte contre la rage et certaines maladies transmissibles entre l’animal et l’être humain.

 

⚖️ LES TEXTES D’APPLICATION SERONT DÉCISIFS

 

Une grande partie de la réponse se trouve désormais dans les futurs textes réglementaires.

 

Ceux-ci devront notamment préciser dans quelles conditions les bénévoles pourront intervenir, comment les associations pourront être intégrées au dispositif, quelles seront les modalités d’identification et de prise en charge et comment les collectivités organiseront le traitement des animaux errants.

 

La précision de ces règles sera essentielle pour éviter les interprétations divergentes et les éventuels abus dans l’application des sanctions.

 

PROTÉGER LES ANIMAUX SANS PUNIR CEUX QUI LES AIDENT

 

Le débat autour de la loi 19.25 met finalement en évidence un équilibre difficile à trouver.

 

D’un côté, les pouvoirs publics veulent mieux encadrer la présence des animaux errants, lutter contre l’abandon, la maltraitance et les risques sanitaires. De l’autre, des milliers de citoyens et de bénévoles interviennent déjà quotidiennement auprès de ces animaux.

 

Pour les associations, la solution ne devrait donc pas être la confrontation, mais la coopération entre autorités, communes, vétérinaires, associations et bénévoles.

 

L’enjeu est désormais de faire en sorte que la nouvelle réglementation permette de réduire durablement le nombre d’animaux errants, de lutter contre les maladies et la maltraitance, sans décourager ceux qui consacrent bénévolement leur temps et leurs moyens à leur protection.

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