Casablanca-Alger-Tunis : le grand projet ferroviaire maghrébin refait surface
Le vieux projet d’une liaison ferroviaire reliant Casablanca, Alger et Tunis revient sur le devant de la scène.
La Banque africaine de développement (BAD) vient en effet de publier le rapport d’achèvement de l’étude consacrée à la réhabilitation et à la modernisation de ce corridor ferroviaire transmaghrébin.
Mis en ligne le 26 juin 2026, ce document clôt officiellement une importante phase préparatoire consacrée à l’évaluation de la faisabilité technique, économique, environnementale, sociale et institutionnelle du projet reliant le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.
️ UN CORRIDOR DE PRÈS DE 2 300 KILOMÈTRES
Le projet étudié couvrirait environ 2 300 kilomètres et nécessiterait la modernisation de plusieurs axes stratégiques.
Les travaux préparatoires ont notamment porté sur la modernisation de la ligne Fès-Oujda, la réhabilitation du tronçon frontalier Oujda-Akid Abbas, la création d’une nouvelle liaison entre Annaba et Jendouba, ainsi que la modernisation de l’axe Jendouba-Jedeida, aux portes de Tunis.
L’objectif est de transformer ces différents tronçons en un véritable corridor ferroviaire intégré à l’échelle du Maghreb, capable de faciliter les déplacements de voyageurs et le transport de marchandises entre les trois pays.
⚡ ÉLECTRIFICATION ET SIGNALISATION MODERNE
Le programme ne se limite pas à une simple remise en état des infrastructures existantes.
Il prévoit notamment la modernisation ou le doublement de certains tronçons, leur électrification en 2 × 25 kV, ainsi que le déploiement du système européen de signalisation ERTMS niveau 2.
Ces équipements permettraient d’améliorer la capacité, la sécurité et la performance du réseau et de rapprocher les infrastructures ferroviaires maghrébines des standards internationaux.
PRÈS DE 4 MILLIARDS DE DOLLARS
Le montant de 3,8 milliards de dollars correspond à l’estimation communiquée lors de la présentation du projet en 2019.
La base actuelle du programme continental PIDA, piloté par l’Union africaine et l’AUDA-NEPAD (l'organe technique et l'agence de développement officielle de l'Union africaine), arrondit désormais l’investissement nécessaire à environ 4 milliards de dollars.
Mais attention : la publication du rapport de la BAD ne signifie absolument pas que la Banque vient d’accorder 3,8 ou 4 milliards de dollars au Maroc, à l’Algérie et à la Tunisie.
La BAD a financé l’étude préparatoire. Son rapport remet désormais à disposition des éléments permettant d’envisager les différents scénarios de gouvernance, de financement, de construction et d’exploitation du futur corridor.
LE PROJET N’EST PAS ENCORE EN PHASE DE CONSTRUCTION
Malgré cette nouvelle étape, le train Casablanca-Alger-Tunis reste encore très loin d’une mise en service.
Dans la base africaine des infrastructures de l’AUDA-NEPAD, le projet demeure officiellement au stade préparatoire.
Aucun financement global n’a été annoncé, aucun marché de travaux n’a été attribué et aucun calendrier officiel de construction ou de mise en service n’a été communiqué.
La publication du rapport constitue donc davantage une relance institutionnelle du projet qu’un lancement concret des travaux.
LA FRONTIÈRE MAROCO-ALGÉRIENNE, LE VÉRITABLE VERROU
Et c’est précisément sur le plan politique que se trouve aujourd’hui le principal obstacle.
Pour fonctionner réellement, le corridor devrait franchir la frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie, fermée depuis 1994.
La situation est devenue encore plus complexe depuis la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en 2021.
Certes, des ouvertures ponctuelles du poste frontalier de Zouj Bghal ont été observées ces derniers mois, mais elles concernaient essentiellement des opérations de rapatriement et ne constituent pas une réouverture de la frontière aux échanges réguliers.
Autrement dit, les ingénieurs peuvent définir les infrastructures, les coûts et les solutions techniques.
Mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, résoudre le principal problème du projet : la volonté politique de relier à nouveau les réseaux ferroviaires marocain et algérien.
UN PROJET QUI POURRAIT TRANSFORMER LE MAGHREB
Si les conditions politiques venaient à évoluer, cette liaison pourrait néanmoins avoir une portée considérable.
Un axe ferroviaire continu entre Casablanca, Alger et Tunis permettrait de renforcer les échanges commerciaux, de faciliter la circulation des personnes et de développer davantage l’intégration économique entre les pays du Maghreb.
Il pourrait également constituer l’un des grands corridors de transport terrestre d’Afrique du Nord, en reliant les principaux réseaux ferroviaires des trois pays.
Pour l’heure, la BAD vient surtout de franchir une nouvelle étape technique en publiant le rapport d’achèvement de l’étude.
LE TRAIN CASABLANCA-ALGER-TUNIS EST DONC TOUJOURS SUR LES RAILS… MAIS PAS ENCORE EN CHANTIER
La Banque africaine de développement ne lance pas encore la construction du train transmaghrébin.
Elle remet toutefois officiellement sur la table un projet de plusieurs milliards de dollars, dont la faisabilité technique a désormais été étudiée.
La prochaine étape ne dépend donc plus principalement des infrastructures ou de la technologie.
Elle dépend surtout d’une éventuelle détente entre Rabat et Alger.
Car pour voir un jour circuler un train de Casablanca à Alger puis Tunis, il faudra d’abord que la frontière maroco-algérienne puisse à nouveau laisser passer… les trains.