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77,3 % des espagnols considèrent le Maroc comme un « pays ennemi » Selon cette enquête d’opinion
By DIDIER Boucard
Published on 07/08/2026 08:21
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77,3 % des espagnols considèrent le Maroc comme un « pays ennemi »

 

Selon cette enquête d’opinion, 77,3 % des Espagnols interrogés estiment que le Maroc se comporte comme un « pays ennemi ».

 

À l’inverse, 16,1 % rejettent cette qualification, tandis que 6,6 % préfèrent ne pas se prononcer.

 

Ces résultats traduisent une évolution notable de la perception du Maroc dans une partie importante de l’opinion publique espagnole.

 

Jusqu’à présent, les discours les plus hostiles étaient principalement portés par certains mouvements nationalistes ou d’extrême droite. Le sondage suggère toutefois que ces positions ont trouvé un écho bien au-delà de ces seuls cercles militants.

 

⚠️ UNE MAJORITÉ ADHÈRE AUX THÈSES D’UNE « INVASION » ET D’UN « CHANTAGE »

 

L’étude révèle également que 75,2 % des personnes interrogées pensent que le Maroc pourrait reproduire ce que le questionnaire qualifie de « manœuvre d’invasion ».

 

Par ailleurs :

 

   ▪︎ 71,2 % considèrent les événements de Sebta comme un « acte d’agression organisé » par Rabat ;

 

   ▪︎ 69,3 % estiment que le Maroc exerce un « chantage » sur le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.

 

Ces chiffres témoignent de la diffusion de récits particulièrement critiques à l’égard du Royaume dans une partie de l’opinion espagnole.

 

️ UNE FRACTURE POLITIQUE TRÈS MARQUÉE

 

L’enquête montre cependant que cette perception est loin d’être homogène.

 

Les réponses varient fortement selon les sensibilités politiques des personnes interrogées.

 

Chez les électeurs du Parti populaire (PP), 97,6 % considèrent le Maroc comme un pays ennemi.

 

Cette proportion atteint 98,3 % chez les sympathisants de Vox, formation de droite radicale.

 

À l’inverse, les électeurs de gauche expriment une vision beaucoup plus nuancée.

 

Ainsi :

 

   ▪︎ seuls 32,5 % des électeurs du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, centre gauche social-démocrate) partagent cette qualification ;

 

   ▪︎ 42,5 % la rejettent ;

 

   ▪︎ 25 % préfèrent ne pas répondre.

 

Chez les sympathisants du parti politique de gauche Sumar, la différence est encore plus nette :

 

   ▪︎ 21,7 % considèrent le Maroc comme un ennemi ;

 

   ▪︎ 65 % refusent cette qualification.

 

Le sondage met ainsi en évidence deux lectures diamétralement opposées de la crise de Sebta, largement corrélées aux appartenances politiques.

 

DES QUESTIONS FORMULÉES DANS DES TERMES TRÈS FORTS

 

Les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence.

 

Le questionnaire utilise des expressions particulièrement marquées telles que :

 

   ▪︎ « pays ennemi » 

 

   ▪︎ « invasion » 

 

   ▪︎ « manœuvre d’invasion » 

 

   ▪︎ « acte d’agression organisé » 

 

   ▪︎ « chantage »

 

L’enquête mesure donc le degré d’adhésion des sondés à ces formulations, sans établir que ces qualificatifs correspondent aux faits eux-mêmes.

 

Autrement dit, le sondage reflète avant tout la perception des personnes interrogées face à un vocabulaire très chargé sur le plan émotionnel et politique.

 

LA FRACTURE SE RETROUVE SUR L’INTERPRÉTATION DES ÉVÉNEMENTS DE SEBTA

 

Lorsque les sondés sont interrogés sur l'idée selon laquelle l'Espagne aurait subi une « invasion » après l'arrivée massive de migrants à Sebta, les écarts restent considérables.

 

La formulation évoque explicitement une arrivée « massive et illégale de Marocains ».

 

Cette lecture est approuvée par :

 

   ▪︎ 91,9 % des électeurs du Parti populaire 

 

   ▪︎ 91,7 % des électeurs du parti d'extrême droite Vox

 

En revanche, elle ne convainc que :

 

   ▪︎ 29,5 % des électeurs socialistes 

 

   ▪︎ 15 % des sympathisants du parti de gauche Sumar

 

Le même contraste apparaît lorsque les événements sont qualifiés d'« acte d'agression organisé par le Maroc ».

 

Cette interprétation est partagée par :

 

   ▪︎ 97,9 % des électeurs du Parti populaire

 

   ▪︎ 100 % des électeurs du parti d'extrême droite Vox

 

À l'inverse, elle est rejetée par :

 

   ▪︎ 60 % des électeurs socialistes 

 

   ▪︎ 76,6 % des sympathisants du parti de gauche Sumar

 

Le sondage ne révèle donc pas une perception unanime du Maroc, mais une profonde polarisation de l'opinion espagnole selon les appartenances politiques.

 

UN CONTRASTE FRAPPANT AVEC LA RÉALITÉ DES RELATIONS MAROCO-ESPAGNOLES

 

Cette image très dégradée du Maroc contraste fortement avec la qualité des relations entretenues ces dernières années entre Rabat et Madrid.

 

Depuis le rétablissement du dialogue politique, les deux pays ont considérablement renforcé leur coopération dans les domaines :

 

   ▪︎ économique 

 

   ▪︎ commercial 

 

   ▪︎ sécuritaire 

 

   ▪︎ policier 

 

   ▪︎ migratoire

 

L'Espagne est aujourd'hui le premier partenaire commercial du Maroc.

 

Les échanges bilatéraux dépassent 22,5 milliards d'euros par an, permettant à l'économie espagnole de dégager un excédent commercial supérieur à 3 milliards d'euros.

 

Les deux pays collaborent également étroitement avec le Portugal dans la préparation de la Coupe du monde 2030, un projet qui nécessitera plusieurs années de coordination.

 

LES MAROCAINS JOUENT UN RÔLE MAJEUR DANS L'ÉCONOMIE ESPAGNOLE

 

Les liens entre les deux pays ne se limitent pas aux échanges commerciaux.

 

Les Marocains constituent aujourd'hui la première communauté étrangère affiliée à la Sécurité sociale espagnole.

 

En juin 2026, ils étaient 422.347 cotisants, devant les travailleurs roumains, colombiens et vénézuéliens.

 

Ils occupent une place essentielle dans plusieurs secteurs stratégiques de l'économie espagnole, notamment :

 

   ▪︎ l'agriculture 

 

   ▪︎ la construction 

 

   ▪︎ l'hôtellerie-restauration 

 

   ▪︎ le commerce 

 

   ▪︎ les services

 

PLUS D'UN MILLIARD D'EUROS DÉPENSÉS PAR LES TOURISTES MAROCAINS EN ESPAGNE

 

Les voyageurs marocains contribuent également de manière significative à l'économie espagnole.

 

Chaque année, des milliers de Marocains se rendent à Madrid, Barcelone, Malaga, Marbella, Grenade ou Valence pour des séjours touristiques, des achats ou des visites familiales.

 

En 2025, leurs dépenses ont atteint près de 1,084 milliard d'euros, soit une progression de 16,7 % par rapport à l'année précédente.

 

UNE HOSTILITÉ QUI INTERROGE L'AVENIR DES RELATIONS BILATÉRALES

 

Ce sondage offre ainsi une photographie d'une opinion publique espagnole fortement marquée par la crise de Sebta.

 

Il confirme qu'une partie importante de la population ne perçoit plus seulement le Maroc comme un voisin confronté à une crise migratoire, mais comme un véritable adversaire.

 

Cette évolution apparaît d'autant plus frappante que les deux pays sont aujourd'hui liés par des intérêts stratégiques majeurs : échanges commerciaux records, coopération sécuritaire, mobilité de centaines de milliers de personnes, interdépendance économique et préparation commune de la Coupe du monde 2030.

 

Reste à savoir si cette perception, mesurée dans un contexte de forte émotion entre le 31 juillet et le 3 août, perdurera une fois la crise retombée. L'enquête, réalisée auprès de 1.000 personnes par téléphone et en ligne, présente une marge d'erreur de 3,17 %, ce qui invite également à interpréter ses résultats dans leur contexte de réalisation.

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